L’évacuation conjuguée du passé composé au présent simple à Holving

Publié le par Marie-Jeanne Pierret

Le jumelage entre Holving et Montmoreau Saint Cybard célèbre aujourd’hui ces 10 ans d’existence mais l’amitié entre les deux communes perdure depuis bien plus longtemps ; depuis l’évacuation des Lorrains en Charente. En effet il y a 70 ans, les Holvingeois ont dû abandonner leur cher village pour un séjour forcé à Montmoreau Saint Cybard qui est devenu, depuis lors, leur patrie d’adoption. Albert Dourson, le doyen du village ne se lasse pas de relater les événements qu’il a vécu pleinement, puisqu’il avait, à l’époque, juste 20 ans. Il fut évacué avec tous les habitants à Montmoreau en Charente ; c’est là-bas qu’il sera incorporé, avec le dernier contingent en 1940, dans le bataillon de chasseurs alpins. Fait prisonnier et incarcéré à Saintes, il s’évade pour rejoindre ses parents et revenir avec eux en Moselle. C’est en Charente, où il retourne en 1942 pour ne pas être incorporé dans l’armée allemande, qu’il attendra la fin de la guerre avant de retrouver sa famille. Durant toute sa vie il s’est fait un honneur de cultiver l’amitié solide et inaltérable entre les deux villages et a été l’artisan et le moteur du jumelage de la commune avec Montmoreau Saint Cybard. En 1969, à la première rencontre des anciens de l’AJM (Association Jeunesse Montomorélienne), il était là avec Pierre, Louis, Auguste, Etienne pour accueillir les grands amis. Dès 1974, le conseiller général charentais Guy Simonet venait avec une quinzaine de Charentais à Holving et c’est en 1977 qu’eut lieu le premier grand retour des Lorrains à Montmoreau. Depuis lors les rendez-vous se répètent tous les deux ans et veillent à tenir en éveil la joyeuse flamme de l’amitié allumée en 1939, rallumée en 1969 et symbolisée par le baptême de la rue de Montmoreau à Holving et de la rue de Holving en Charente, paraphée par l’acte de jumelage en 1999 et 2000. En 2002 le boulodrome Patrice Wagner fut inauguré en mémoire du jeune Holvingeois disparu. Aujourd’hui Charentais et Lorrains sont réunis à Holving pour quelques jours de vie commune conviviale et joyeuse. Bernard Clavé, maire de Holving, entouré des élus et des membres des associations locales, a accueilli les visiteurs charentais dont le maire de Montmoreau, le maire de St Eutrope et le 1er adjoint de St Amand.

Une page d’histoire : Le 1er septembre 1939, le tocsin ininterrompu annonce aux lorrains l’évacuation de leur terre. Cette nécessité d’organiser la protection civile des habitants d’Alsace Lorraine avait été envisagée, dès 1922, par André Maginot, devant la réticence allemande à exécuter les clauses du traité de Versailles. Mais ce n’est que le 26 avril 1939 qu’un plan d’évacuation précis est établi, les préfets n’adressant que le 4 septembre de cette même année 39, une série de mesures propres à assurer l’accueil des réfugiés ! C’est dire que le jeudi 7 septembre, lorsque le train arrivant de Moselle après 6 jours d’un parcours épuisant, entre en gare de Montmoreau, tout est à faire au niveau de l’accueil. Alors, autour des élus locaux, notamment Gaston Simonnet, maire de Saint Amand, toutes les bonnes volontés se mobilisent, et en 2 jours, 358 personnes sont logées à Montmoreau et 228 à Saint Amand.

Quelques anciens qui se souviennent parfaitement de ce convoi arrêté sur la voie de garage, composé de wagons de marchandises et de quelques wagons de voyageurs, confient «Toute la journée, on est monté dans le train prendre les bagages, aider les plus âgés et les malades, les réconforter, les conduire au centre d’accueil organisé en toute hâte, les accompagner dans les différents villages où ils devaient être hébergés». Dans l’insouciance de l’âge, la plupart ne mesurait pas la catastrophe que cet exode était pour les anciens, personne n’arrivait à anticiper ces 6 années qui allaient changer la face du monde, dévoilant les horreurs de la barbarie, la grandeur du sacrifice. Tout le monde vivait un évènement exceptionnel, en accueillant dans un grand élan de générosité et d’amitié tous ces gens malheureux et fatigués. On découvre une autre dimension de la vie : dans ces cœurs naissaient spontanément un sentiment de fraternité. Une nouvelle vie commence alors pour les Holvingeois avec des naissances, des premiers pas, des amitiés qui se nouent et déjà un objectif commun : la défense de l’AJM au sein de l’équipe de football et d’athlétisme. Et la vie suivait son cours… Pendant un an, se sont ainsi tissés des liens forts entre Charentais et Lorrains, au hasard des rencontres quotidiennes, des relations de proximité, des échanges de menus services, qui, dans cette période douloureuse de notre histoire, rendaient la vie plus supportable : ici une journée donnée pour couper du bois, là un partage de travail, là encore une offre d’emploi.

Un exemple de cette amitié : un soir le Lorrain Dolisy, un grand homme sympathique soupait avec ses hôtes charentais. Il parlait sans cesse de «pisse, pisse» en pianotant avec ses doigts sur la toile cirée. Un peu surpris, tout le monde se regardait et s’interrogeait. Quelqu’un lui a finalement indiqué l’endroit pour se soulager mais il éclata de rire en agitant les doigts de plus belle par petits bonds successifs. On comprit alors qu’il parlait des puces qui nichaient dans le bois qu’il avait coupé. Il fallut se rendre à l’évidence qu’une initiation à ce patois lorrain étrange et quelque peu difficile s’imposait. « Mais quand le cœur parle, le vocabulaire s’enrichit vite, aidé par le geste, remplaçant la phrase à exprimer. »

 

Lundi 24 août : Les amis charentais ont quitté le sol lorrain le cœur plein de joie et avec la conviction que les liens se sont encore resserrés entre les 2 amicales. La section Comité de jumelage et Amis des Charentais de l’Association Culture et Loisirs de Holving avec le concours des élus de Holving et Richeling, avait concocté un séjour des plus agréables et fort joyeux à leurs chers amis ; de visites instructives en cordiales rencontres, de petits goûters en joyeuses agapes, de réception intime en vin d’honneur officiel, 70 ans d’amitié ont ainsi été ravivés et renforcés. La messe en l’église de Holving a donné un sens sacré aux liens tissés et à l’amitié partagée et offerte. Le Républicain Lorrain qui a couvert ces 4 jours d’heureuses retrouvailles, y a apporté sa part de bonheur en publiant, dès dimanche, alors que les Charentais étaient encore dans les murs, photos et reportage de ce grand rendez-vous, racontant un peu de l’histoire de cet exode et surtout l’accueil chaleureux et fraternel réservé aux malheureux Lorrains expatriés par les généreux Charentais en 1940. Pour couronner le tout, l’agence du Républicain Lorrain a eu la brillante idée de déposer des exemplaires supplémentaires du journal de ce dimanche à Alain Kremer, le distributeur de la commune. Etienne Dourson, chef d’orchestre de la rencontre, a été absolument ravi de pouvoir proposer cet inattendu et exceptionnel souvenir aux amis charentais qui ont été très touchés par la gentille attention. Ils ont emporté dans leur cœur et dans leurs bagages un peu de notre lointaine et si douce Lorraine !

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Publié dans 2009

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